Le destin incertain du zeugme

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samedi 24 octobre 2009

D'un seul souffle

Question angoissante quand on se connecte sous Dotclear pour mettre à jour son blog ou en fouiller les entrailles, après avoir rentré l'identifiant et le mot de passe : Se souvenir de moi ?
Finalement, c'est très pertinent comme question à quelqu'un qui écrit, quand on y songe un instant.

"Parler, c'est faire figure. Écrire, c'est disparaître." Pascal Quignard

vendredi 16 octobre 2009

Du sens

La vie est immensément plus vaste que les mots qu'on utilise pour essayer de la décrire. C'est pourquoi il est possible à chacun de contribuer, de participer à en restituer des morceaux pour le bénéfice des autres. Lorsque le doute assaille celui ou celle qui se demande pourquoi sa vision aurait la moindre valeur, le plus petit intérêt, il n'est pas inutile de s'en souvenir. Tout le mal du monde, tout l'amour du monde s'expriment en actions. Peu importe la profondeur de nos pensées, en fin de compte notre bilan se traduit en gestes. C'est pourquoi il n'est pas inutile de partager celles-ci, ne serait-ce que comme témoin de notre vacuité. Comme révélateur du vide, et pour les meilleurs d'entre nous de la valeur, de nos choix.

Tout est futile, rien n'a de valeur. Tout s'est déjà vécu. La science avance peut-être, la technologie progresse peut-être, mais les situations auxquelles elles contribuent à créer dans nos vies restent les mêmes que celles qu'ont affrontés les premiers de nos ancêtres qui avaient la capacité de mentir, de réfléchir. Puisque tout est répétition, faut-il avoir peur de se tromper ? Puisque rien ne change, que l'humanité reproduit sans cesse les mêmes schémas, pourrons-nous innover en bien ou en mal ? Se commettra-t-il de plus grands crimes qu'il ne s'en est commis, de plus grandes trahisons ? Verra-t-on un plus grand amour, des joies plus intenses ?

Nietzsche verra-t-il arriver le surhomme, pour qui l'homme ne sera qu'un ancêtre lointain, fruste et primitif ? En supposant que cela arrive, nos joies et nos peines n'auront qu'alors trouvées leur cimetière. Et encore restera-t-il la possibilité d'émouvoir cet homme nouveau, ou de lui enseigner l'humilité de nos erreurs, nous qui nous pensions alors le pinacle de la création. Pour l'heure, seuls au milieu de nous-mêmes, nous traçons notre voie dans un inconnu banal certes, mais inconnu tout de même.

C'est pourquoi nos mots, nos pensées, nos âmes, sont des reflets. Reflets qui témoignent tantôt de ce que nous sommes, tantôt de ce que nous ne sommes pas ou alors de ce que nous pourrions être. Ce n'est donc pas tant en vain que nous le faisons, puisqu'à un moment ces fragments de nous peuvent éclairer un autre nous-même, quand bien même ce n'est que par la négative. Jugez, progressez si vous le pouvez, et témoignez-en. Si au moins le partager aura été cathartique, l'exercice n'aura pas été accomplit pour rien.

Deux pensées pour finir, sur lesquelles on reviendra : si les gens craignent par-dessus tout le vide, c'est parce que celui-ci les place en face d'eux-même; et, ceux qui ont un trop plein s'ôtent parfois la vie; ceux qui ont un trop vide l'ôtent parfois à leurs semblables. La catharsis à du bon, il faut être fou ou ignorant pour la prendre de haut.

> Ainsi parlait Zarathousta : "Tout ce qui a son prix est de peu de valeur"

lundi 28 septembre 2009

Ce(ux) qui reste(nt)

Nelly Arcan

Tu entres dans la mort et toute ta vie nous devient étrangère, nous en sortons. C'est une illusion, puisqu'il ne s'agissait que d'une vie publique, donc d'un mensonge. Mais le mensonge dévoilé crument laisse le spectateur sur une interrogation en forme d'infini. Qui étais-tu, quels étaient tes problèmes ?

Tout devient paradoxal, ambigu, obscène. C'est sans doute là qu'est ta vraie nature. Ces hommes qui commentent ton suicide. Ne serait-ce que ceux qui disent que c'est incompréhensible parce que tu étais si belle, que c'est du gâchis. Obscène, parce que la pensée qu'ils ne finissent pas, c'est que si tu avais été laide .. Paradoxal, puisque tu décrivais cette prison de chair dans laquelle le regard de l'autre enferme tant de femmes, prison dont tu es sorti par la violence, c'est encore cette prison dans laquelle enferment ta mort ces hommes-là.

Paradoxe aussi, tes livres se vendent comme une bouchée de pain maintenant que tu viens de te suicider. C'est un voyeurisme connu, une session de rattrapage pour élèves médiocres aussi. Ce qui tue, c'est de savoir que tu venais de traverser une période de vaches maigres.

Testament d'une femme trop belle ou trop vaine pour son époque ? Seul ton thérapeute et tes amis le savent peut-être. Ta mort enveloppe le mystère de ton mal-être d'un linceul, mais dévoile en partie notre médiocrité collective et continue de le faire chaque fois que quelqu'un ne trouvera à dire de toi qu'un "dommage, elle était si belle".

lundi 15 juin 2009

Le poids des mots qui n'existent pas

La vie étant ce qu'elle est - accoler ici tous les adjectifs bon marché fréquemment utilisé dans les ouvrages de psycho-pop, et notez le caractère creux de cette phrase introductive - on peut vérifier l'application "morale" de la deuxième loi de la thermodynamique tous les jours sur internet. A la fin, tout tend à devenir gris et froid (que le lecteur perdu et circonspect comprenne qu'il s'agit d'une image). Sur internet, toute discussion politique ou historique finit par échouer sur des comparaisons boiteuses avec les nazis, et tout internet tend à virer à la pornographie (ce qui prouve bien que pour l'heure, internet est une affaire d'hommes). Où veut-il en venir ?

Il déprime parce qu'il se dit que quand un enfant perd ses parents, il est orphelin. Quand une femme perd son mari, elle est veuve. Dans le cas inverse on dit qu'il est veuf (ou chanceux, c'est selon). Mais quand des parents perdent leur enfant, dans la langue française ils ne sont rien. On bascule dans le néant. Si ces parents ont un ou plusieurs autre(s) enfant(s), ils ont le privilège de demeurer des parents. Sinon rien, ils redeviennent un couple et ne sont plus une famille au sens des statisticiens. Triste.

Et sur internet, l'autoroute de l'information du cul bon marché qui devait à l'aube des années 2000 ré-inventer l'homme moderne, il est infiniment plus aisé de trouver des ressources pour une masturbation que pour aider à passer au travers d'un deuil parental. Il a quelque chose de cinglé au royaume de Danemark(*). Heureusement que ça et , restent des gens admirables pour contrebalancer la médiocrité ambiante.

lundi 11 mai 2009

Pensées à emporter

La sagesse populaire c'est quand même drôlement bien. Un livre ouvert et jamais achevé de petites pensées et de maximes dont le but est de stimuler la prise de conscience. Ainsi au cours des siècles s'accumule le fruit de l'expérience humaine avec toujours à l'esprit cette ligne directrice : "accompagner nos semblables dans ce chemin qu'est la vie et les aider à vivre, et vivre bien". Nombreux parmis nous sont ceux qui ont entendu ces paroles pleines de bon sens sur la nature de la parentalité : "Un enfant ça change la vie", "Y'a rien de plus beau que d'être parent", "la première fois que ton enfant te sourit, c'est un moment magique", et ainsi de suite. Combien de fois ai-je entendu : "être parent c'est une expérience magique" ? Il y a tellement de gens qui m'ont lancé cet encouragement avec un sourire et un air nostalgique.

Tas de connards.

J'vous en foutrai, moi, de l'expérience magique. Rester debout à pas d'heure parce que la respiration de bébé est sifflante et essayer de la faire entendre à travers le combiné forcément défaillant de la maison à l'infirmière des services d'urgence, c'est une putain d'expérience MERDIQUE et pas magique pour deux cents. A moins de penser magique tendance La méchante Reine de Blanche-Neige, ou le Grand Vizir Jafar de Aladdin.

C'est ça le problème avec les gens trop bien intentionnés qui annonent des perles de sagesse à emporter génériques et pré-digérées : ça manque toujours de vision d'ensemble. Alors oui, contempler son propre enfant dans les premières secondes de sa vie c'est magique. Sauf que, juste après ça, on embarque sur "C'est terrifiant" pour longtemps.

Mais attention, hein, faites quand même des enfants : "Y'a rien de plus beau" (1). Ne serait-ce que pour payer les impôts qui paieront ma pension dans un peu plus loin. Si j'arrive jusque là (2).

Les sagouins du jour :

Paul Carvel : "Vivre la naissance d'un enfant est notre chance la plus accessible de saisir le sens du mot miracle".
Daniel Pennac : "Les enfants sont des énigmes lumineuses".

Côté face :

Georges Courteline : "Un des plus clairs effets de la présence d'un enfant dans un ménage est de rendre complètement idiots de braves gens qui sans lui n'auraient été que de simples imbéciles"

(1) C'est les mamans à N. Sarkozy et J. Charest qui doivent en rager du sentiment de s'être fait enfler quand elles l'entendent celle-là.
(2) Bon de toutes façons la mienne me placera probablement en maison fermée de vieux.

vendredi 17 avril 2009

Dévolution

Il est utile de temps à autres dans sa vie d'adulte, de retomber sur des fragments du cœur de sa vie d'enfant. Pour mesurer la proximité, ou l'écart, et désespérer.

Citation du jour :

"''Et sur le piédestal ces mots apparaissent : 'Mon nom est Ozymandias, Roi des Rois : Contemplez mes œuvres, Ô vous les puissants, et désespérez !'''"
Percy Bysshe Shelley

(pour le contexte, notons que cette oeuvre se trouve au milieu d'une dévastation qui transforme en amères illusions la déclamation grandiloquente)

lundi 13 avril 2009

Mondes parallèles

Fut une époque ou je travaillais avec le grand public. Un jour arrive une charmante dame qui me décline ses noms, qualités et pedigrees professionnels. La coquine s'était gardé le meilleur pour la fin. Du moins, à ses yeux. Sa dernière phrase consista en la mention d'une compagnie prestigieuse ou elle exerçait depuis quelques années dans la catégorie d'emploi qui est l'âme de cette entreprise (pour ne rien dévoiler, disons que c'est comme si une canette était venue me voir en me disant qu'elle bossait pour The Coca-Cola Company). Elle me regarda alors, les yeux brillants d'expectative. Et je fus égal à moi-même dans ma parfaite ignorance de ce dont elle parlait. Sa déclaration appelait si manifestement réaction qu'il eût été intéressant d'avoir la bonne réponse à ce moment-là. Toutefois ma vie obéit à des mécanismes qui lui sont propres et qui sont en totale contradiction avec l'idée qu'une première conversation avec moi puisse simplement se passer normalement. J'optais donc pour un grand blanc dans la conversation.

Et la femme de dire, d'une petite voix éteinte par l'horreur et anéantie par le choc : "Vous ne connaissez pas (...) ?".

Il s'est trouvé dans l'histoire des milliers de personnes pour parler exactement avec ce timbre de voix. Généralement pour exprimer des interrogations du genre : "Vous allez faire quoi dans ma bouche avec cette pince ?", "C'était des morceaux de quoi dans ma soupe ?" et autres "Comment tu as dit qu'on fait les bébés papa ?". L'idée lui paraissait tellement inconcevable que je me suis senti un instant solidaire du médecin qui doit annoncer que non, ce n'est pas une simple petite infection urinaire mais qu'il va plutôt falloir procéder à une ablation. Il y a des mots qui surgissent dans la vie pour répondre à des situations particulière dont on sait, bien avant qu'ils ne se soient complètement formulés dans l'esprit, qu'il ne sera pas possible de les faire passer sans travail préalable.

J'ai donc lâchement (une attitude sociale que je trouve très pratique) jeté le blâme sur mes origines ancestrales et indigènes pour ma méconnaissance, ainsi que ma citoyenneté de non-Montréalais d'à l'époque. Je sentais, un peu désolé, l'abattement que je causais en remettant en question l'idée selon laquelle quelqu'un vivant au Québec pourrait n'avoir jamais entendu parler de (...). Ça m'a fait réaliser à nouveau qu'on peut vraiment, dans notre petite vie diversement routinière, vivre dans notre monde en vase clos. On peut croire que notre univers à de l'importance aux yeux de la population, que ce que l'on fait à un sens pour tous et que ce n'est pas vain. Qu'on laisserait un héritage qui perdurera dans la conscience collective. Qu'on fera une marque durable dans l'esprit des gens.

On peut aussi tomber sur un parfait ignorant du 450 qui va bousiller notre journée en cassant tout ça à grands coups de méconnaissance béate (il va sans dire que je suis maintenant quelqu'un de fréquentable qui habite Montréal, même si je n'ai pas la chance de faire partie de "la clique du plateau"). C'est ainsi que va le monde, oscillant entre des gens s'imaginant faussement que leur vie à de l'importance et d'autres convaincu tout autant à tort que les leurs n'ont aucun sens. Il faut le garder en tête quand on partage sa morne vie sur internet.

Merci à Bertrand Russel : "Si j'étais médecin, je prescrirais des vacances à tous les patients qui considèrent que leur travail est important". Et à Martin Luther King : "Tout le monde est important, car tout le monde peut servir à quelque chose".

lundi 30 mars 2009

Le français pour les nuls (1)

Entendu au détour d'un épisode de la série Millenium, d'un soldat à un fuyard :

"Arrêtez, ou je tire sans sommation"

Mouhahaha. Est-ce une façon de la part de l'auteur des dialogues ou du traducteur anglais/français de relancer le débat sur la question du QI des soldats ? Ou une simple méconnaissance crasse du terme employé ? La phrase correcte en utilisant la notion de sommation, pour un tir de sommation, aurait évidement été :

"Je vous somme de vous arrêter, ou je tire"

Et de façon plus courante :

"Arrêtez-vous, ou je tire"

En cas de doutes chers soldats et scénaristes n'hésitez pas à consulter l'excellent site "Le devoir conjugal" - où il n'est pas question de sexe frénétique mais bien de conjugaison - et le fameux Wiktionnaire qui permettra de comprendre le sens des mots.



N.B. : dans le cas où le contresens ne vous saute pas aux yeux, tirer sans sommation signifie tirer sans dire un mot, sans donner d'avertissement. Le fait d'avoir donné au fuyard la consigne de s'arrêter était justement une sommation dont le tir aurait été la conséquence (faites ceci ou je vais faire cela).

La Une

Le procédé n'est pas bien glorieux, mais il est drôlement commode : commenter l'actualité plusieurs jours après sa parution dans les médias est bien moins dangereux qu'à vif. Ce n'est qu'aujourd'hui que je reviens sur le choc que deux nouvelles ont provoqué en moi au début de ce mois. Elles arrivent toutes deux le 9 mars :

  1. l'entraineur de hockey du Canadien de Montréal, Guy Carbonneau, est congédié, et l'affaire fera grand bruit.
  2. L'ancien patron de la caisse de dépôt, le savoureux Henri-Paul Rousseau, passe s'expliquer du fiasco de celle-ci qui laisse un gouffre de 40 milliards de pertes dans les économies des québécois ... devant la chambre de commerce de Montréal (choix intéressant !)

Il s'agit, au niveau local, de deux nouvelles immenses. Hors du Québec probablement aussi passionnantes l'une que l'autre (soit pas le moins du monde), dans la belle province des nouvelles de premier ordre. D'abord, le sport national de la Nation Québécoise (n'y voyez aucune prise de position, je cite le premier ministre Harper dans le texte) serait incontestablement le hockey (le divorce pourrait se qualifier dans la catégorie sport extrême mais n'est pas reconnu aux jeux olympiques pour le moment). Après des déboires difficiles à imputer à l'entraineur (blessures nombreuses, nombre de joueurs atteignant la fin de leur contrat et se souçiant tout particulièrement de ne pas être blessés dans les matchs leurs restant à jouer ..) s'est posée la question pour un certain nombre de fans de monsieur Carbonneau la question de la légitimité, puis de l'efficacité de ce renvoi pour l'équipe. Quelques matchs plus tard, la question reste entière. La caisse de dépôt gère des sommes d'argent, et est payée pour faire ce travail. Ces sommes proviennent des fonds de retraites et d'assurances, des sommes que tous les québécois immobilisent assez longtemps pour qu'elles puissent être investies avec une vision à long terme pour les faire fructifier. Résumé extrême, la caisse de dépôt est le cochon tirelire des québécois. A la suite de décisions discutables, la caisse au lieu de faire du bénéfices fait des pertes, ce qui est compréhensible dans la période que nous vivons au point de vue économique. Ce qui l'est moins, ce sont ses performances qui sont parmi les plus mauvaises du pays entier (1).


Ma surprise fut d'ordre visuel : mardi, dans la presse écrite, qui fut choisit pour faire la première page ? Journal de Montréal : Guy Carbonneau en pleine page, Paul-Henri Rousseau en miniature La Presse : Guy Carbonneau sur la moitié de la page, un quart pour PHR Le Devoir est exclut du bonnet d'âne parce que j'en ai perdu mon exemplaire (petits chanceux va !)



Questions :

1) Qu'est-ce que cela révèle sur l'impression que se font les rédacteurs en chef du sens des priorités des québécois ? 2) Le Canadien étant une entreprise privée qui gère son personnel comme elle l'entend alors que la caisse de dépôt gère l'argent d'une portion immense des québécois, qu'est-ce que ceci laisse supposer sur les préoccupations de nos concitoyens et leur sens des réalités ? 3) Aurait-il été plus grave qu'on nous annonce que Guy Carbonneau démissionnait du Canadien pour aller gérer les actifs de la Caisse de dépôt ou que Paul-Henri Rousseau délaisse son parachute doré de chez Power Corp' pour aller s'occuper du portefeuille (bien garnit) du Canadien ?

Question subsidiaire :

Considérant l'hypothèse selon laquelle les québécois en ces temps de récession se préoccupent d'avantage de la gestion de leur équipe "nationale" que de la part de leurs retraites qui vient de partir en fumée, croyez-vous qu'au moment de retarder leur départ du monde du travail de quelques années pour compenser, une photo de la coupe Stanley 2009 suffise à leur remonter le moral ? Si oui, de grâce, que quelqu'un fouette cette équipe pour qu'elle gagne et sauve le tissu social.




Voilà une nouvelle que nos hommes politiques auront à cœur de retenir. Il est possible de détourner l'attention de la disparition de quarante millions de dollars et de l'absence de commission d'enquête avec un peu d'événementiel. Je veux bien que pour la moitié de cette somme bien des gens seraient disposés à faire beaucoup de mal ou beaucoup de bien à l'équipe de sport chouchoutte de la nation reconnaissante. Conclusion, s'il faut choisir entre le pain et les jeux, la réponse est moins évidente qu'il ne pourrait le sembler.




(1) M. Rousseau nous appelle à nous comparer à nos voisins américains au lieu de prendre les autres canadiens, oubliant avec beaucoup de présence d'esprit qu'il s'agit du pays ou la récession mondiale est issue. En somme, comparons-nous non pas à ceux qui ont des conditions similaires aux nôtres, mais à ceux qui vont beaucoup plus mal. Après nous avoir assuré que tout irait bien il n'y a pas si longtemps, c'est plutôt une stratégie audacieuse.

Ici, un analyse suggère de remplacer tout le personnel de la caisse par une stratégie de placement unique avec les résultats prévisionnels qu'elle aurait engendré. C'est assez tordant, en évitant de payer le salaire pharaonique de vous-savez-qui, on aurait économisé 10 millions de dollars.

vendredi 27 mars 2009

I need a hero

"Un héros, c'est celui qui fait ce qu'il peut. Les autres ne le font pas" Romain Rolland, extrait de Jean-Christophe (Trouvé sur le site Evene.fr)

"Idéal : modèle qu'on se compose, en vue de l'admirer et de l'imiter. L'idéal est toujours nettoyé d'un peu de réalité qui ferait tache" Emile Chartier, tiré de Définitions.


Les vrais héros de notre temps, qui sont-ils ?

Les artistes : chanteurs, acteurs, peintres et auteurs qui essayent de gagner leur vie en enrichissant notre culture ? Les vedettes professionnelles, qui gagnent leur vie d'être connus et d'avoir un nom qui rapporte ? Faut-il se tourner vers les sportifs de nos sports nationaux qui nous emplissent de fierté patriotique lorsqu'ils accèdent aux plus hauts honneurs ?

Sont-ce les médecins, les journalistes ou les soldats qui sont payés pour faire leur travail ? Ou devrait-on se tourner vers les "aidant naturels" qui soutiennent des membres de leurs propre famille dans la maladie au détriment de leur carrière ou de leur temps de libre ?

Sont-ce les bénévoles qui offrent de leur temps pour venir en aide aux autres ? Ou peut-être, dans des démocraties en péril ou l'intimidation des opposants est la règle, ceux qui portent à bout de bras leur rôle de contre-pouvoir ? Les familles de victimes d'accidents qui se battent pour que la mort ou les blessures de leurs proches ne soient pas inutiles ?

Jusqu'à quel point est-il honorable d'avoir été un premier ministre ou un président pour que son nom orne des plaques d'avenues et de parc ? De qui devrions-nous collectivement honorer la mémoire, et comment ?

Le Canada à son musée de la guerre qui est une tentative à la fois pragmatique et humaniste de jeter un regard en arrière pour aller de l'avant, le sport nord-américain à sa tradition de temples de la renommée qui honorent ceux qui ont accomplit des exploits sportifs et humains. Serait-il vain de créer un jour un musée qui permettrait de faire en sorte que ne soient pas remémorés seulement les décisions cataclysmes des Hitler, Napoléon et autres Alexandre "le grand" ? N'y a t'il pas des gens qui mériteraient pas autrement plus de rester dans nos mémoires à côtés des monstres de ce monde ?

En prime un exemple ici.

Le titre est naturellement une référence à cette chanson de Bonnie Tyler.

mercredi 25 mars 2009

Responsable mais pas coupable.

Fatigués de devoir rendre des comptes à des supérieurs rigoureux ? Écœurés de devoir non seulement encaisser le blâme de l'échec mais d'en plus en assumer les conséquences (monétaires ou en termes de plan de carrière) ?

Rassurez-vous, votre situation n'est pas désespérée. Il vous suffit de faire une école (plus ou moins) prestigieuse en gestion ou en finance, et vos soucis seront chose du passé !

Prenez Timothy Geithner, le secrétaire (américain) au Trésor de l'administration du président Obama. Voilà un homme intelligent qui entend son patron expliquer pendant des semaines que l'argent du public servira à stopper la débacle provoquée par les requins de la finance. Et qui s'en fait passer une sous le nez de la taille d'une montgolfière coincée dans une cabane : l'état renfloue la compagnie d'assurance AIG de 200 millions de dollars puisés directement sur les impôts des contribuables, et celle-ci refile immédiatement 165 de ces millions à quelques 300 cadres supérieurs de la compagnie. Autrement dit, vous avez coulé l'entreprise au point qu'elle en mendie l'argent des contribuables, veuillez accepter l'expression de nos sentiments les plus coûteux. Que fait monsieur Geithner ? Il en assume "l'entière responsabilité" : il n'avait pas vu venir et quand c'est arrivé il n'est pas allé assez vite pour l'empêcher en vertu de la loi nouvellement votée sur les primes par le gouvernement. Autrement le brave homme reconnait avoir coûté aux contribuables 165 millions qui sont allés enrichir 300 incompétents qui devraient être au chômage.

Vous si vous faisiez perdre disons 1% de cette somme à votre employeur et que vous reconnaissiez votre responsabilité, à votre avis :

  • vous vous feriez seppuku ?
  • vous mettriez votre CV à jour dans les langues les plus diverses et lointaines ?
  • vous contacteriez votre banquier pour vérifier ce qui reste sur votre compte et l'emprunt qu'il consentirait à vous permettre pour rembourser ?

Timothy, lui, peut se permettre d'en prendre la responsabilité sans démissionner. On me dira que sa carrière politique ultérieure est terminée et qu'il fera partie des relégués du prochain remaniement. Certes. Mais il aura le temps de toucher son salaire d'ici là et de nouer des contacts. Parions que le brave homme n'aura pas à s'inquiéter de la faillite personnelle qui menace tant de ceux de ses concitoyens qui auront payés de leurs taxes sa magnifique "bourde".




Quelques semaines plus tôt au Québec, c'était monsieur Henri-Paul Rousseau qui venait s'expliquer au terme d'un tour de passe-passe éblouissant du gouvernement de la manière qu'il avait réussi à placer et à perdre un montant record des retraites des fonctionnaires. L'homme, superbe d'aplomb, nous explique du même souffle qu'il est responsable, mais que tout, absolument tout, peut s'expliquer par des éléments hors de son contrôle. La logique dirait en ce cas que le pauvre n'est responsable de rien, mais ce martyre de la finance tient à prendre ses responsabilités : il était le décideur, mais tout va bien. Et le gouvernement qui le savait avant les élections et qui niait tout sous les accusations d'un des partis d'opposition de renchérir puisque ce gouvernement était responsable du changement d'orientation de la Caisse : cela n'aura aucun impact à terme. Car bien entendu, le gouvernement qui avait été incapable (et c'est normal) de voir venir la crise financière, est par contre capable de prévoir que la reprise arrivera assez vite et assez fort pour nous sauver. C'est magnifique.

Mais monsieur Rousseau, dont la caisse s'est plantée plus fort que toutes ses concurrentes canadiennes, à prit ses responsabilités : il est partit de la Caisse de dépôt avant que tout cela ne se sache en ne pipant pas un mot, ce qui a sauvé le gouvernement en place qui est parvenu à garder le silence malgré la pression jusqu'aux élections, et s'en est allé à Power Corp, une compagnie qui fricote tellement avec le législatif que s'en est vaguement incestueux. Notons au passage que les successeurs de monsieur Rousseau qui ont du garder le fort - et le silence - pendant la période de transition ne seront pas trop à plaindre, le gouvernement y veille.

Voilà l'autre façon de prendre ses responsabilités. Garder le silence sur un scandale, faire profil bas et toucher ses trente deniers. Enfin bon, un peu plus que trente (380,000 $ CAD). Avec en prime un parachute doré.




Moi, j'en veux plus, des responsabilités comme celles-là. L'an prochain c'est clair, je me lance dans des études en économie. Je suis sûr d'être capable de planter les économies des autres moi aussi, avec la même nonchalance j'en suis sûr.

Ne nous faisons pas d'illusions, ils ne sont pas les premiers, ils ne seront pas les derniers. Et si tout ceci finit par filtrer, c'est aussi parce que des gens dont les intérêts divergent (l'opposition dans ces deux cas) ne laissent pas passer les mensonges de leurs "concurrents". L'équilibre de la société repose sur un savant dosage d'intérêts opposés. Avec cette crise mondiale, on a pas finit d'entendre de hauts dirigeants prendre leurs responsabilités et notre argent avec.

Côté pile : "La scène politique attirera toujours des aventuriers irresponsables, des ambitieux et des escrocs, on ne cessera pas si facilement que cela de détruire notre planète". Vaclav Havel tiré de Méditations d'été

et : "Dans une avalanche, aucun flocon ne se sent jamais responsable". Stanislaw Jerzy Lec

Côté face : "Etre homme, c'est précisément être responsable. C'est sentir, en posant sa pierre, que l'on contribue à bâtir le monde". Antoine de Saint-Exupéry tiré de Terre des hommes

dimanche 22 mars 2009

Résistance passive.

Parfois, je cède à la tentation de la colère infantile. Lorsque la publicité des journaux commence à m'envahir, quand les faux-conseils des vrais marketeux m'agressent visuellement pour me convaincre que c'est LE moment d'acheter une maison neuve / une voiture économique / un verre dans un bistrot super tendance, vient un moment ou j'éprouve l'envie puérile d'envoyer tout ce beau monde paître dans de grands champs de composts. N'ayant (hélas !) pas la possibilité / le temps / le droit de gifler l'un après l'autre ces gens qui veulent à toute force sauver l'économie en soutirant les nôtres, j'opte pour des mesures de résistance temporaires mais satisfaisantes : si une marque m'agresse trop pour bien m'entrer dans le crâne, je me fais un devoir si j'ai besoin du produit de me souvenir d'acheter le concurrent; dans les supermarchés, pour une gamme de produits donnés (eau, chewing-gum, pain) je prends soin d'acheter le produit présent en petite quantité dans les coins des étals.

N'étant pas encore fermement engagé et enragé au point de rejoindre les rangs des adeptes de la simplicité volontaire (si, si, c'est organisé et ça existe même ici) j'envisage sérieusement de chercher d'autres méthodes de résistance. Sans pour autant tomber dans le claquage de plombs à la Fight Club (le script est ici, pour ceux et celles qui aiment d'avantage le théatre au cinéma).

Côté pile : "La beauté s'use promptement par la possession ; au bout de six semaines, elle n'est plus rien pour le possesseur". Jean-Jacques Rousseau tiré d'Emile ou de l'éducation (texte ici)

Côté face : "Minimalisme voyant : Non-possession des biens matériels exhibée comme critère de supériorité morale ou intellectuelle". Douglas Coupland tiré de Génération X (détails ici)

En prime, La complainte du progrès de Boris Vian.

dimanche 8 mars 2009

Servitude, mode d'emploi

« Le peuple est le même partout : quand on dore ses fers, il ne hait pas la servitude.» Napoléon Bonaparte

« La servitude abaisse les hommes jusqu'à s'en faire aimer.» Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues




Paradoxe inamusant :

Prenez un esclave insoumis, dont le désir le plus cher est la liberté. Considérez le cas dans lequel il parvient à sa liberté et la transmet à ses enfants. Combien de générations faut-il en moyenne pour que ses descendants ne deviennent - s'ils en ont la possibilité - de parfaits petits épicuriens qui se feront un devoir d'abandonner au plus pressant leurs responsabilités à un dictateur en herbe qui leur ôtera le fardeau de devoir penser ?

Pour le plaisir de prolonger inutilement l'exercice, questionnez-vous sur l'étrange destin d'une musique d'esclaves noirs adoptée - et blanchie - par leurs 'maîtres' qui finira par muter à nouveau en une musique noire qui s'acharne à résumer la vie à ce qu'elle à de plus débilitant et aliénant : la sexualité comme moyen d'affirmation, la possession physique pour le paraître et l'opposition systématique au pouvoir comme déni de responsabilité. Et le pire dans tout ça, c'est que musicalement j'aime quand même le rap. Une bonne partie de l'univers rap actuel est pourtant une musique d'esclaves. Esclaves de leurs égos, esclaves d'un conformisme d'un vide effrayant qui se manifeste sous la forme d'une unique volonté d'Avoir plutôt que d'Être.

Je dois être destiné à voter à droite sur mes vieux jours. Je sens déjà mon cerveau et mon sens moral s'amollir.

jeudi 5 mars 2009

L'imbécilité volontaire (ou, Le Rien au service de tous)

«'Dans la fonction publique, il faut en finir avec la pression des concours et des examens. L'autre jour, je m'amusais, on s'amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d'attaché d'administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d'interroger les concurrents sur La Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu'elle pensait de La Princesse de Clèves... Imaginez un peu le spectacle ! En tout cas, je l’ai lu il y a tellement longtemps qu’il y a de fortes chances que j’aie raté l’examen !' » Nicolas S., président (!).

Du bon vieux temps ou l'écriture était le privilège d'une élite fortunée, il fallait y penser à plusieurs fois avant de coucher sur le papier ses états d'âme. En filigrane la question : "Ce que j'ai à dire en vaut-il la peine ?" et/ou "Ce que je vais exprimer m'est-il réellement assez important pour que je risque d'être confiné à être perçu au travers de ce prisme ?". Cette circonspection obligatoire à dû nous épargner un paquet d'insignifiances sans pouvoir autant nous avoir privés des partitions de Bach, des créations de Léonard de Vinci ou de l'Illyade de Homère. Peut-être que le blogue de la guichetière de Michel-Ange n'aurait guère évoqué quoi que ce soit qui ne se révèle digne d'être lu. Néanmoins, comme celle-ci n'a pas pu nous livrer ses pensées, nous n'en savons rien. Des millions et maintenant des milliards de voix se taisent avec chaque siècle qui passe. Qui peut avoir la prétention de savoir qui aurait eut quelque chose qui soit digne d'attention et d'intérêt et qui peut passer et disparaître sans que l'on s'y attarde ? Qui peut juger de la valeur de la vie des autres ?

C'est un piège de ce que l'on appelle habituellement l'intelligence. Cette intelligence "mathématique" qui ne tient pas compte du cœur peut parfois s'aveugler au point de se croire digne d'être utilisée comme valeur de référence. J'ai la faiblesse de me reconnaître à moi-même une certaine intelligence, ce qui est déjà en soi un manque de jugement. Toutefois m'établir moi-même comme critère de comparaison n'est pas seulement prétentieux, c'est aussi d'une bêtise crasse. Mon "intelligence" à ses hauts (l'empathie) et ses bas (l'organisation). Je n'ai pas l'intelligence du geste. Comparé à la grâce gestuelle de nombre de mes concitoyens je dois avoir l'air d'un robot empâté. Quand à la sagesse et l'intelligence sentimentale, mieux vaut ne pas trop m'attarder sur le sujet ou je fais probablement figure d'enfant attardé.

J'ai tendance à oublier que ce que nous disons qui touche à nos opinions en révèle beaucoup plus sur nous-même que sur le sujet dont nous parlons. Lorsqu'un homme s'enorgueillit de ne pas comprendre l'art abstrait et trouver ça idiot par exemple, il en révèle plus sur ses (in)capacités d'appréhender la beauté et de s'extraire de l'immédiat que sur la valeur de l'art. Comme le disait ce chroniqueur qui m'éblouit occasionnellement, fut une époque on ne revendiquait pas l'incompréhension comme une valeur, au contraire on se taisait pour ne pas démontrer sa .. "simplicité intellectuelle (in)volontaire" (les mots sont de moi). La version originale dit : "Aujourd'hui, faute de maîtres pour leur faire honte, les cons ne doutent plus de rien (...) Avant, manquer de culture rendait circonspect. Aujourd'hui, cela rassemble."

A cette déclaration représentative de ceux qu'on nomme beaufs, d'autres ont répondu avec bien plus de talent et de justesse que moi : que l'attachée administrative est hiérarchiquement dans la stratosphère de la guichetière, que ce texte (que je ne connais pas encore) à sa pertinence, que l'exigence de culture générale n'est pas une honte pour notre pays mais au contraire une de ses forces. Je n'y ajouterai que trois petits commentaires peut-être moins pertinents, mais qui me frappent :

1) La guichetière à parfaitement le droit de ne pas avoir d'avis et de ne pas avoir lu un texte. Ce ne devrait pas être un spectacle. Où ce pourrait en être si on partait du principe que les gens dans leur ensemble sont finalement dépourvus d'intelligence.

2) On peut être un excellent président et rater les examens de professions "inférieures". Parce qu'elles sont tout simplement autres. Combien de gens dirigent des employés qu'ils sont incapables de remplacer ? Cela ne prouve pas que l'examen est déficient (ni le président), mais tout bonnement que cette profession mérite peut-être un peu plus de considération. Par ailleurs être arrivé au sommet ne signifie pas avoir conquis TOUS les sommets.

3) Lorsque l'on défend une cause, surtout si elle est juste et bonne, il est déplorablement bête de s'aliéner les gens que l'on doit convaincre en les prenant de haut. J'en ai la conviction, la certitude. Je suis un expert en la matière. L'humilité n'est pas (ne devrait pas être) uniquement réservée aux campagnes électorales. On peut laisser aux sadiques, aux imbéciles et aux guichetières leur amour-propre et tout de même atteindre ses objectifs.

Ceci dit, un bon point quand même, sans cette déclaration contre-productive je n'aurais pas connu cette œuvre à laquelle je compte bien me frotter. Pour pouvoir un avis basé sur l'expérience plutôt que sur l'impression et le raccourci.

mercredi 4 mars 2009

La non-pensée.

Ce sera un thème majeur de ce blog, je peux d'ors et déjà vous l'annoncer. Une des nombreuses choses qui me frappent dans la vie, c'est cet abîme béant entre l'intelligence et le préjugé.

Ou bien comment quelqu'un de particulièrement intelligent peut, par un processus de remplacement de la pensée par le cliché, prendre une position complètement et irrémédiablement imbécile. Soyons clairs : personne ne peut être à son zénith intellectuel chaque instant de sa vie. Plus la pensée d'un homme est publique, plus celui-ci s'expose à voir ses erreurs, ses approximations voire même ses bêtises dévoilées et décriées par ceux qui ont l'avantage du recul. Comme dans l'histoire militaire, il est beaucoup plus facile de décortiquer les mauvaises décisions d'un général après la bataille que de les prendre à sa place sur la base d'informations fragmentaires. Si je risque de critiquer semi-régulièrement des déclarations d'hommes politiques, je le fais en ayant conscience que ces gens doivent s'exprimer sur le vif ou peuvent voir leurs propos "off" ressurgir sans avoir eu le temps de s'y préparer.

J'admets qu'il m'arrive régulièrement de revenir sur mes propres prises de positions antérieures et d'y trouver quantité industrielle de failles, d'erreurs logiques et de manque de maturité. La différence, c'est que mes erreurs n'impliquent généralement de conséquences que sur moi-même en mon entourage. Je n'ai pas le pouvoir - terrible et sans doute très pesant - d'altérer la vie de l'ensemble de mes concitoyens par mes décisions sur une base régulière. Dans le même ordre d'idées, je suis conscient que mes révoltes passagères sont le fruit de mes propres racines idéologiques et soumises aux capacités limitées de mon faible intellect. Je le dis sincèrement, ayant réalisé avec les années qu'il se trouve une quantité étonnante de gens plus intelligents que moi et parfois plus intelligents dans des proportions vaguement humiliantes. Si donc je critique la prise de position d'un homme ou les valeurs qu'il défend, j'ai bien conscience que mon propre raisonnement peut s'avérer particulièrement infantile au regard de toute une frange de la population dont la pensée à pour plancher mon plafonnement intellectuel.

Je crois néanmoins qu'il faut savoir affirmer les valeurs auxquelles on est attaché. Celles-ci peuvent être plus difficilement débatables que les propos contestés ("des goûts et des valeurs" ... en quelque sorte) , mais l'exercice de confrontation et de prise de position en vaut la peine, que ce soit pour vous faire réfléchir ou pour me faire avancer par les réactions des gens qui passeront ici ou de ceux qui me connaissent en chair et en os plutôt qu'en personnalité virtuelle.

Parce que "qui ne dit mot, consent".



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